Et un jour peut-être...

  Pembroke (Ontario)
Lethbridge (Alberta)

- Pembroke (Ontario)

(NDLR – Ce texte emprunte de larges extraits d’un reportage en profondeur réalisé par Dianne Paquette-Legault pour Le Droit , dans la section « Dossier » publié dans l’édition du 3 juillet 2003. Nous remercions l’auteure et la direction du journal de nous permettre de reproduire ces extraits.)

Le projet de construction d’un centre communautaire-scolaire adjacent à la future école élémentaire et secondaire catholique de langue française de Pembroke tarde à se concrétiser, déplorent ses promoteurs qui doivent surmonter de l’opposition et des délais. Le regroupement des services communautaires du comté de Renfrew et son partenaire principal dans ce projet, le Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est sont en attente d’une réponse favorable à leur demande de financement soumise à Patrimoine canadien.

Les promoteurs du centre communautaire-scolaire y travaillent depuis une quinzaine d’années tout en constatant que la vitalité francophone est en perte de vitesse autant chez les adultes que chez la jeunesse qui est continuellement exposée à l’assimilation. Selon les données du recensement de 2001, on dénombre dans l’agglomération de la ville de Pembroke, 1 790 habitants dont le français est la première langue parlée et encore comprise, soit 7,8 % de la population. « S’il n’y a pas de centre communautaire, ça va être l’extinction des francophones », d’affirmer Francine DesChamps, la présidente de l’ACFO [Association canadienne-française de l'Ontario] Champlain. Selon Lucile Tourigny, la présidente du regroupement, il est pressant de donner à la communauté francophone les infrastructures et les services dont elle a besoin pour survivre.

La présence francophone à Pembroke remonte au début des années 1900 alors que des gens sont venus surtout de l’Ontario et du Québec pour participer au développement de l’industrie forestière. De nombreuses autres familles venant de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de la base militaire de Petawawa sont venues s’ajouter pour constituer la vitalité francophone du milieu.

Soucieux de se développer comme communauté francophone, « […] les gens décidèrent en 1916 de former le Cercle Lorrain. Leur première demande fut à l’évêque du diocèse pour obtenir une paroisse religieuse francophone. Ils durent attendre jusqu’en 1941 pour obtenir une première église. En 1923, les contribuables font la demande à la commission scolaire pour obtenir une école bilingue, c’est-à-dire une école où l’on pouvait étudier en français et en anglais. Jeanne Lajoie fut embauchée pour enseigner le français à l’école Saint-John mais elle fut vite remplacée par une enseignante anglophone, et laissée aller par le conseil. Pour protester ce geste, les parents francophones retirèrent leurs enfants des écoles de la ville et embauchèrent Jeanne Lajoie pour enseigner en français à la nouvelle école – l’école libre Sainte-Jeanne-d’Arc. Les parents devaient payer les taxes scolaires en plus de soutenir leur école libre. Cette lutte dura quatre ans, jusqu’à ce que la commission scolaire accepte les conditions établies par les parents, c’est-à-dire qu’ils aient le droit de choisir leurs instituteurs et institutrices, qu’ils aient plein contrôle des classes bilingues et que leurs enfants soient préparés pour les examens bilingues. » (Lucile Tourigny)

Une étude réalisée par la firme de Ronald Bisson et associés constate que la présence sur le même territoire de deux conseils scolaires de langue française – l’un public et l’autre catholique – rend « plus complexe » le partenariat entre les volets communautaire et scolaire dans un centre communautaire-scolaire.

Le projet initial, tel qu’élaboré par le regroupement et le conseil scolaire catholique, prévoit la construction d’une aile « communautaire » à la nouvelle école catholique. Les coûts associés à la construction du centre sont évalués à 4,9 millions de dollars. Le centre pourrait desservir une population de 3 000 francophones dans la région de Pembroke et de Petawawa en plus des élèves des deux systèmes scolaires. Entre-temps, le Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est (le CECLFCE) s’apprête à entreprendre les travaux de construction de sa nouvelle école. Le gouvernement ontarien a alloué 14 millions de dollars pour cette construction qui regroupera les élèves de quatre écoles, soit les écoles élémentaires Saint-Jean-Baptiste et Sainte- Jeanne d’Arc à Pembroke, Colonel Forbes sur la base militaire à Petawawa, ainsi que ceux de l’école secondaire Jeanne-Lajoie à Pembroke. L’idée de regrouper ces quatre écoles sous un même toit est d’y rattacher éventuellement un centre communautaire-scolaire, y compris une garderie.

Le conseil catholique s’est porté acquéreur d’un terrain de 13,4 hectares (33 acres) aux abords de la rivière des Outaouais, à Pembroke, pour y construire l’école et le centre communautaire. Les plans et devis ont été élaborés en tenant compte du volet communautaire. Le rapport Bisson cerne le problème à une question de participation des deux conseils scolaires au projet d’un centre communautaire-scolaire. Le rapport indique que « Patrimoine canadien ne peut pas appuyer la demande d’une communauté pour l’établissement d’un centre communautaire-scolaire si un seul des deux conseils scolaires participe au projet. Dans ces situations, la communauté doit solliciter la participation des deux conseils scolaires ». Pourtant, au sein du regroupement, on insiste pour dire que le « centre communautaire-scolaire sera pour tout le monde eu égard à la religion ».

Le conflit se situe donc au niveau d’une collaboration entre le conseil scolaire francophone public et le conseil scolaire francophone catholique. C’est un dossier à suivre, et les négociations des prochaines semaines devraient trouver une solution acceptable permettant aux francophones de cette grande région de reprendre quelque peu le terrain perdu et favoriser non seulement la rétention de la langue et de la culture françaises, mais d’en favoriser son plein épanouissement.


- Lethbridge (Alberta)

Les racines francophones en Alberta sont profondes, alors qu’on en retrouve dans la région de Lethbridge dès le milieu du 18e siècle. Ces francophones sont venus pour travailler dans les mines de charbon. Même si, à travers ces siècles, le fait français n’était pas toujours en évidence, la graine avait été semée. C’est cependant à partir du milieu du 20e siècle que la vitalité francophone s’est manifestée de façon plus catégorique.

De nombreux gens d’affaires francophones ont été au nombre des bâtisseurs de Lethbridge vers la fin du 19e siècle, soit à partir des années 1885, en étant propriétaires de brasseries, salons de barbier, hôtels, restaurants et autres entreprises. Enfin, un prêtre d’origine belge est devenu le premier prêtre catholique de Lethbridge et, en 1889, il fondait la première école catholique dans cette ville.

Une nouvelle vague de francophones est arrivée dans les années 70 avec l’ouverture de l’Université de Lethbridge, en 1974, et des programmes d’immersion dans les écoles de la région. C’est à cette époque – 1978 – qu’est fondée la régionale de Lethbridge de l’Association canadienne des francophones de l’Alberta qui jouera un rôle de premier plan dans le développement de structures permanentes permettant aux francophones de mieux se définir et de se donner les outils nécessaires à leur plein développement.

En 1986, le conseil régional pour l’éducation française à Lethbridge est mis sur pied et travaille de concert avec les autres organismes à bâtir pour l’avenir. Le pavillon LaVérendrye ouvre ses portes en 1993 au sous-sol de l’école St. Mary’s, géré par la commission scolaire catholique anglophone, avec 32 élèves. Puis, en 1996, l’école LaVérendrye déménage à l’ancienne école McNally sous l’égide de Centre-Nord. L’école est transférée au conseil scolaire du sud.

Entre-temps, les chefs de file regroupés dans le Comité du centre scolaire communautaire (CCSC), reconnaissent la nécessité d’enrober le volet scolaire de services dits communautaires afin de mieux compléter la formation intégrale française de la population francophone. C’est en 1994 que l’idée du projet d’un centre scolaire-communautaire est née et donnera suite à une étude des besoins au printemps 1995. Le manque d’espace pour les élèves à l’école LaVérendrye est une préoccupation qui sera reprise à l’été 1998 par les principales instances et le dossier dormant d’un centre scolaire-communautaire refera surface.

Comme dans plusieurs autres régions du pays où les francophones sont minoritaires, les demandes répétées auprès de différentes instances gouvernementales pour obtenir des services, des terrains, des édifices et du financement sont refusées ou mises en veilleuse. Devant ces situations difficiles, le comité du centre scolairecommunautaire change sa vocation pour se concentrer sur un centre communautaire.

La population de la région de Lethbridge au recensement de 2001 est établie à 67 374 et 715 personnes déclarent le français comme langue maternelle alors que 3 595 disent parler les deux langues officielles. L’école LaVérendrye compte 100 élèves de la prématernelle à la 12e année. Comme il a été mentionné plus tôt, l’ACFA joue un rôle de premier plan comptant 550 membres en 2003. Principal agent de motivation de la francophonie albertaine, l’ACFA ressent depuis quelques années déjà le manque d’espace pour permettre d’offrir une panoplie de services à la population de Lethbridge. Le centre communautaire préconisé se veut un lieu vivant de convergence et d’identification qui favorise l’épanouissement, la fierté et la reconnaissance du fait français ainsi que son enracinement dans la région de Lethbridge.

Dans un milieu à forte majorité anglophone comme la région de Lethbridge, la présence d’un centre communautaire (et scolaire) francophone permet de rejoindre les besoins de tous les âges et de toutes les classes de la société. Il est évident que la présence d’une école offrant la formation en français n’est pas suffisante pour maintenir la flamme francophone. Le centre communautaire viendrait compléter la formation qui se donne à l’école, au foyer et dans la communauté francophone. Pour ce faire, il lui faut un espace visible, adéquat et fonctionnel. Déjà, les activités socioculturelles, autant pour les jeunes, les adolescents, les jeunes familles que pour les gens d’âge mur, sont offertes selon les moyens physiques et financiers.

Le projet consiste donc à construire le centre communautaire voisin de l’école LaVérendrye puisque la population vit déjà le concept scolaire-communautaire en se retrouvant sur le même terrain. La construction serait financée surtout par le gouvernement fédéral alors que la contribution de la province serait le terrain cédé à l’administration du centre.

L’ACFA, par ses activités, rejoint des résidents des régions environnantes dont ceux de Medecine Hat de même que des étudiants fréquentant l’Université de Lethbridge. La planification du futur centre est déjà fort avancée de même que les participants à son financement. On compte beaucoup sur l’appui financier du ministère de Patrimoine canadien. Au nombre des arguments en faveur d’un espace francophone bien défini à Lethbridge, on mentionne que ce complexe permettrait un meilleur accès à des services en français, une meilleure accessibilité, une meilleure visibilité, et serait un outil de recrutement pour l’école française. Il permettrait aussi d’encourager l’apprentissage du français dans la communauté, ce qui, en conséquence, combattrait l’assimilation.

C’est donc un dossier qui sera poursuivi avec autant de détermination et de conviction que tous les acquis francophones des dernières décennies. Comme les quelques deux douzaines de communautés francophones au pays, Lethbridge vise à se doter de structures fonctionnelles qui permettront à la communauté francophone de vivre plus intensément sa langue et sa culture.

Coordonnatrice : Mireille Dunn
325, 6e rue Sud, bureau 202
Lethbridge (Alb.) T1J 2C7
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